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L’approche de la psychologie interculturelle dans la prise en charge                            thérapeutique des patients sous le prisme de la psychanalyse

                                                   Par Nadia Idelmahjoub

Tout ce qui travaille à la culture travaille aussi contre la guerre,

Sigmund Freud

 

Nous vivons dans une société occidentale postmoderne dont l’une de ses caractéristiques est d’être culturellement métissée. La postmodernité se caractérise par une incertitude des choses les plus établies, où l’équilibre repose sur la tension des éléments hétérogènes. On observe un éclatement des références temporelles : les prémodernes se reposent sur la tradition et les modernes sur l’avenir. Ce qui tend les questions de clivage et des groupes d’appartenance ainsi que de l’évolution du sujet comme être de culture.

La Culture avec un grand C renvoie à la civilisation qui tente de définir l’humanité en ces aspirations universelles et à la capacité à sublimer ses pulsions et à progresser dans l’intellectualité. Une culture donnée vient englober un ensemble de faits culturels communs à un groupe donné. Il y a donc des éléments dits invariants d’une culture à l’autre, par exemple l’interdit de l’inceste et des éléments propres à une société donnée telle que l’interprétation de la maladie mentale.

Dans sa pratique clinique, le psychologue spécialisé en interculturel va donc prendre en compte l’élément culturel dans la prise en charge de son patient pour être au plus près de lui. Il va alors croiser les facteurs culturels avec les facteurs psychologiques et comprendre où se situe le patient. C’est ce qu’on appelle prendre en charge le patient dans sa globalité sous l’égide d’une neutralité bienveillante.

Certes, la psychologie est une science et la théorie psychanalytique qui est mise au travail dans les champs des sciences humaines et de l’anthropologie culturelle permet une lecture forte et clinique de la personnalité d’un sujet dans un contexte donné, grâce à l’universalisme démontré du fonctionnement psychique. Avec la psychanalyse, on revient au culturel, à cette interrogation sur l’articulation entre psychisme et culture, entre individuel et collectif et à la compréhension des pathologies du lien, de l’altérité et de l’identité lorsque le sujet culturel perd ses repères. Comment se sentir soi si on tente de m’obliger de m’assimiler à la société ? Que vais-je développer si ce n’est en premier lieu un faux-self (faux-soi) pour répondre à des normes sociales souvent en réponse à des expériences de rejet ou de non-validation. Ne pas être en adéquation avec soi reviendrait à développer un désordre psychique.

La psychologie interculturelle a donc toute son importance. Sous-discipline récente en France de la psychologie appelée « cross-cultural psychology » en anglais, elle représente l’étude scientifique des rapports entre la psychologie et la culture. Elle examine les processus psychologiques dans leur contexte culturel, et de ce fait la psychologie interculturelle se situe au carrefour des autres sciences humaines et sociales (l’anthropologie, la psychanalyse, la sociologie, l’ethnologie…). Elle se nourrit par décentralisation vers ces disciplines qui étudient les individus et leurs comportements pour mieux se recentraliser sur son travail propre. La notion d’altérité joue donc un rôle essentiel dans la prise en charge thérapeutique d’un sujet indépendamment de son âge, de son genre, de son parcours migratoire ou non et de son héritage familial (histoire familiale). Ce qui peut être différent, étrange pour soi ne signifie pas que l’autre soit forcément anormal ou sujet à une pathologie psychique. En effet, il paraît primordial de ne pas partir du postulat que notre modèle de société soit universel.

La clinique interculturelle va s’intéresser à comment le sujet perçoit son identité (subjective/personnelle, objective/sociale et culturelle), et quels rapports il entretient avec ses dimensions culturelles et ce dans une société donnée ?

La psychologie interculturelle va s’intéresser à l’apparition des pathologies culturelles auxquelles les concepts d’acculturation, d’enculturation, d’assimilation, de stratégies identitaires, d’image de soi, l’altérité, la marginalisation et l’(auto-)exclusion sont mises au travail pour saisir l’évolution de l’identité du sujet en souffrance psychique.

Dans la prise en charge thérapeutique, la culture du patient peut être un levier thérapeutique. Il nous permet de parler le même langage et d’accompagner le sujet à développer ses propres ressources.

La psychologie interculturelle comporte quatre sous-champs à savoir :

  • La psychologie culturelle s’intéresse à l’étude de la relation entre les structures socioculturelles et le développement psychologique individuel,

  • La psychologie (inter)culturelle comparative identifie les similitudes en termes de développement psychique et les différences liées aux spécificités culturelles,

  • La psychologie des contacts de cultures étudie les processus psychologiques résultant de la rencontre interculturelle,

  • Les psychologies indigènes qui renvoient aux différentes psychologies non occidentales.

La méthode comparative est la méthodologie qui a le mieux permis de comprendre les ressemblances et les différences entre les individus, entre les groupes sociaux et les cultures.

La psychologie interculturelle va alors s’intéresser au choc des cultures, ce qui fait différence entre les cultures.

Lorsque le sujet culturel se situant dans un entre-deux et cherche à préserver une image positive de lui-même en adoptant des stratégies identitaires malgré les jugements extérieurs, il peut développer des troubles psychiques tels que des pathologies narcissiques, des maladies psychosomatiques, des psychoses décompensatoires, des états-limites ou encore des conduites addictives. Ces troubles peuvent survenir lorsque la personne éprouve des difficultés à trouver sa place au sein de la société et à rester fidèle à ses valeurs culturelles. Il est important de prendre en compte ces problématiques complexes lors de la prise en charge thérapeutique pour favoriser un accompagnement optimal.

La société peut donc créer des pathologies. Ce sont les raisons pour lesquelles le psychologue en interculturel formé à l’Université en psychologie clinique et psychopathologie est également formé dans la prise en charge des pathologies transculturelles et sociales qui met au cœur de sa pratique clinique cette écoute pertinente du sujet pour l’accompagner à mieux articuler sa singularité au sein d’un groupe.

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